Miroir mon beau miroir suis-je coupable ?
Par Frame le mercredi 16 mai 2007, 13:37 - humeurs zé billets - Lien permanent
Toutes actions de communication de n’importe quelle ampleur
visent vraisemblablement à convaincre. On peut user de pédagogie, de
diplomatie, et autres procédés sympathiques où la persuasion sera
« molle » c'est-à-dire qu’il s’agit plutôt de partager son point de
vue afin de trouver un accord entre les parties : un consensus. Le
problème de beaucoup de médias et annonceurs est que le dialogue et l’échange
sont délicats : inexistants ou a posteriori quand il s’agit de s’adresser
aux consommateurs. La dérive est d’utiliser des procédés de persuasions
dures dont le moins honnête intellectuellement est le procédé de
culpabilisation ou déculpabilisation.
Ainsi, et ce n’est pas forcement un mal, c’est souvent les pouvoirs publics qui utilisent le procédé de culpabilisation. Sinon l’horreur des publicités de prévention routière, c’est surtout la culpabilisation du conducteur ivre que celles-ci insufflent. Force est de constater que le procédé semble marcher. Je ne sais pas pour vous mais personnellement je vois désormais toujours un individu sobre pour ramener les convives « ronds comme des otaries ». Dans un contexte où les pouvoirs publics des sociétés occidentales sont désormais garants de la sécurité corporelle des citoyens, l’utilisation de ce procédé semble plutôt bien acceptée.
Si le concept de bio politique foucaldien est bel et bien une réalité contemporaine, il s’agit bien de voir qu’il se donne à nous par des actions de com comme nous avons pu le voir avec l’exemple de la sécurité routière. Il serait néanmoins intéressant d’étudier s’il suscite des résistances auprès des individus. Pensons ici aux campagnes anti-tabac qui ont été autrement plus critiquées. On peut se demander si le succès de ce genre de campagne ne serait pas proportionnel à la violence (perçue) du sujet traité et son implication sur les autres. Ainsi, une victime de la route choque visuellement plus qu’une victime du tabac. Enfin, fermons cette parenthèse.
La culpabilisation institutionnelle semble donc acquise et logique puisque le citoyen se tourne toujours plus vers l’Etat pour assurer sa sécurité corporelle et morale. Néanmoins, les institutions publiques ne sont pas les seules à user de ce procédé. Quand il s’agit d’un grand groupe ou autre lobby professionnel, on aura du mal à croire que l’usage de ce procédé de culpabilisation ait une simple valeur humaniste. Du coup on en serait même à se demander s’ils ne voudraient pas nous vendre des trucs (les petits malins). Ainsi ce stupide fumeur qui n’a pas pris un patch se retrouve sous la pluie alors que son collègue qui « réduit » lui sourit d’être au sec.
Le cas le plus incroyable dans l’usage de ce procédé est la déculpabilisation des futurs possesseurs de 4x4. Chacun connaît l’utilité d’un 4x4 en ville. Faut dire que dans cette dernière il y a plein de boue et des sacrés talus, si vous n’avez pas quatre roues motrices comment vous sortirez vous des bouchons et des feux rouges ? Alors on déculpabilise à fond, avec ces publicités où votre veau devient une planche de skate qui permet de sauter d’un immeuble à l’autre, de faire des kicks flip et des ollies par dessus ces abrutis de passants. Un sacré tour de force pour vendre des types de voitures à la mode là où la mode est la plus revendiquée : dans les villes. N’empêche que mettre à la mode des voitures qui sont inexploitables en ville, fallait oser.
Merci qui ? La communication bien sûr.
Commentaires
Bonjour,
Analyse très intéressante que vous nous proposez là.
La culpabilisation est à mon sens un des moyens les plus sûr de permettre une gestion en bon père de famille des dérapages des uns aux détriments des autres. lorsque l'on manage un compte d'exploitation, il faut soi-même culpabiliser et faire culpabiliser, si non on avance pas. La communication cela sert effectivement à ça. Quand aux effets contraires ou néfastes provoqués, l'homme est malléable à souhait et ceux qui pétrissent la bonne pâte le savent bien...
Bravo pour ce billet
Christian
Merci pour ce commentaire Christian. Je tiens tout de même à formuler une auto-critique pour nuancer les propos que je tiens dans ce billet. L'usage du procédé de culpabilisation n'est jamais entier dans une action de communication. C'est un ton donné qui "valorise" les informations avancées. Ceci rejoint votre commentaire puisque effectivement la culpabilisation tente d'influencer un système de valeur. Son utilisation par un père de famille pour l'éducation de ses enfants ne me choque pas particulièrement. Néanmoins, une entreprise ou un lobby sont-ils responsables des valeurs socio-culturelles d'un individu ? S'ils peuvent tenter d'influencer le choix de ce dernier dans quelles mesures et à quelles conditions ?
Enfin et pour participer à vos interrogations sur la maléabilité de l'homme, je suis convaincu que celui-ci est surtout doué d'adaptation. S'adapter serait alors un mélange entre une accoutumance à certains facteurs mais surtout une resistance à d'autres. Pour prendre un exemple primaire, s'il est vrai qu'on s'accoutume physiologiquement au froid, on lui resiste également en fabricant des vêtements. Ni 100%maléable, ni 100% resistant, l'homme doit sûrement jouer entre les 2 selon la situation qui se présente à lui.
Frame.