Le grenelle de l’environnement : un nom à la con-munication
Par Frame le lundi 15 octobre 2007, 16:33 - humeurs zé billets - Lien permanent
Le grenelle de l’environnement, tout le monde en a
entendu parler, c’est le projet porté par Messieurs Borloo, Bussereau et Madame
Kosciusko-Morizet visant à proposer au final « 15 à 20 mesures concrètes »
en faveur de « l’écologie, du développement et de l’aménagement
durables ». 6 groupes de travail rassemblant des membres du gouvernement, et
des représentants de la société civile dont des professionnels scientifiques,
spécialistes et membres d’associations connues se penchent sur 6 thèmes classiques des problématiques de l'environnement. Avant même de les connaître on
peut être sceptique sur l’utilité des 15 à 20 mesures qui seront proposées :
Rien dans ce « grenelle » ne prévoit de faire participer les autres
nations. Si seule La question qui a motivé ce billet est la suivante : « qu’est ce que c’est un grenelle ? ». Je pose la question à mon Grand Larousse qui me répond « greneler » ou « grener ». C’est donc encore plus alléché que je me tourne vers wikipedia qui me dit que le terme est issu « des accords de grenelle »… Ainsi, les 25, 26 et 27 mai 1968, des membres du gouvernement, des syndicats et d’organisations patronales se sont réunis dans les locaux du Ministère du Travail situé rue Grenelle (Grenelle qui est finalement une ancienne commune rattachée à Paris au milieu du XIXème). Ce qui est marrant (ou triste) est que ces accords n’ont jamais aboutis car rejetés.
Bref, l’analogie est bien maigre, il s’agit juste d'un débat multipartite où l’Etat est présent. A partir de là pourquoi utiliser le terme « grenelle » ? Dis autrement, pourquoi ne pas avoir appelé ce projet « débat multipartite sur l’environnement » ? L’élément de réponse le plus plausible est que c’est plus simple de s’en rappeler. Il existe donc une portée communicationnelle forte. Pourquoi ? Montrez aux citoyens que l’Etat se préoccupe de ces questions ? Mobiliser les gens pour qu’ils s’expriment sur le sujet ?
On aimerait bien que la seconde question soit la principale d’autant que la participation des citoyens est prévue selon wikipédia ce qui curieusement est minimisé sur le dossier de presse du grenelle de l’environnement. Si on considère l’importance de ces thèmes, les imaginaires impartiaux et affectueux que l’opinion publique leur accorde, ou encore que l’Etat ai choisi arbitrairement les associations protagonistes de ces tables rondes, on pencherait plus vraisemblablement vers une action de communication gouvernementale.
Finalement ce qui est dangereux dans ce genre d’objet (le Grenelle de l’environnement) est qu'il peut entraîner une simuli-démocratie. En « enrobant » des prises de décision nécessaires par des dispositifs comme « le Grenelle de l’environnement », on fait croire aux gens qu’ils étaient au courant, qu’on avait mis en place des moyens pour qu’ils s’expriment (même si le fait de faire une "web consultation" ne vaut rien au niveau décisionnel). La vérité est que l’Etat chapote l’ensemble et que les décisions adoptées ne seront absolument pas représentatives de la volonté des citoyens mais plutôt un moyen pour un gouvernement de faire du mauvais, de rien faire du tout ou pire faire ce qu'il souhaite en prétextant l’implication de chacun. Du performatif donc.
PS : ce dernier paragraphe montre les dérives possibles, il n’est pas la description de ce qui se passe actuellement puisque les décisions du grenelle de l’environnement ne sont pas rendues. Rendez-vous d'ici quelques semaines donc.
Source :
Wikipédia : grenelle et Accords de Grenelle
dossier de presse du Grenelle de l'environnement
Commentaires
ça me fait penser à l'expression un "plan Marshall".
il faut faire un "plan Marshall" pour les banlieues, la justice etc.
Billet fort plaisant et fort intéressant ; )
Voilà des semaines que je ne comprenais pas ce terme...Enfin une réponse à mes questions linguistiques...
Ouai , c'est vrai ça , intervention pertinente et instructive. Merci